Présidentielle 2017 : les banlieues françaises délaissées par tous les candidats

Les Banlieues françaises délaissées par pratiquement tous les candidats de la Présidentielle 2017. Les affaires, dont celle de François Fillon, n’expliquent pas tout. Il y a, en effet, une tentative de normaliser les banlieues

 

 

Banlieues françaises, lors de la Présidentielle 2007

On se souvient des violentes émeutes de 2005. Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, sera un des artisans — par ses prises de positions spontanées et irraisonnées en faveur de policiers aux comportements plus que suspects — d’une généralisation des contestations. Les révoltes vont gagner toute la France. Candidat à la présidentielle 2007, Sarkozy se focalise sur la sécurité, thème central et cher à la droite. Et immanquablement, il va naturellement lier immigration et insécurité ; le vainqueur de cette élection 2007 se servira de la sécurité pour plonger la France entière dans une insécurité permanente, au gré des faits divers dramatiques qui vont surgir dans une actualité tout à la faveur d’une droite ultraconservatrice recroquevillée et inquiète. Stigmatisation des banlieues franciliennes, à l’aide de clichés stéréotypés (tels tous dealers, voyous, Maghrébins, Noirs, zones de non-droit…) ; formules chocs : Karcher ; Racailles… ; Assistanat des fainéants entretenus par les Français qui se lèvent tôt ; la peur de l’autre, de l’étranger, absolument tout y passe ; l’essentiel étant de s’attirer les voix des électeurs les plus réactionnaires, mais aussi les plus inquiets d’une situation portée à son paroxysme, dans le subconscient des citoyens français, par les responsables d’une droite totalement inspirée de l’extrême droite. La politique de la peur reprend tous ses droits ; la droite dure frappe fort et le rapprochement avec le Front National prend tous son sens.

Banlieues françaises, lors de la Présidentielle 2012

François Hollande, candidat de l’élection présidentielle 2012, va habilement exploiter cette situation de désarroi laissée par Nicolas Sarkozy. Les Français ont durant cinq ans cultivé une espèce de réflexe majeur anti-Sarkozy. Le climat est malsain et une division s’opère entre les défenseurs d’un fantasme inconscient consistant à défendre une identité française imaginaire (le sujet est vaste et confus) menacée par une islamisation de la France, et les fervents citoyens attachés aux sacro-saintes valeurs de la République : Liberté, Egalité, Fraternité. François Hollande observe cette dangereuse fracture et va jouer le jeu du rassemblement mis à mal par la politique de division de Nicolas Sarkozy. Son discours du Bourget (janvier 2012) fera mouche et marquera les esprits. Groggy, assommée, la droite mettra plus de 48 heures à se remettre de ce discours fleuve. Incontestablement, Hollande venait de prononcer un discours présidentiel d’une qualité rare. Les banlieues françaises auront droit à leur part du gâteau. Que ce soit les « fraudeurs » en col blanc et les « petits caïds », « la République vous rattrapera », lance-t-il. Lors d’un déplacement improvisé et de dernière minute à Aulnay-sous-Bois, le vainqueur de l’élection présidentielle de 2012 vérifiera par lui-même sa popularité dans les banlieues franciliennes et notamment en Seine-Saint-Denis.

Présidentielle 2017, les banlieues absentes dans la campagne

Après la France divisée de Nicolas Sarkozy et la France plus apaisée de François Hollande (on peut lui rendre cet hommage), à quoi ressemble la France de cette campagne présidentielle 2017 ? Frappée par de violents et barbares attentats terroristes, la France est restée debout, ignorant le piège dans lequel les terroristes voulaient la plonger, celui d’une division entraînant des risques d’affrontements ethnico-religieux : Français musulmans opposés aux Français chrétiens. L’erreur des fondamentalistes intégristes est une ignorance des valeurs fondatrices de la République française. En effet, qu’ils soient musulmans, catholiques, protestants, athées, bouddhistes, agnostiques, etc. les citoyens français sont attachés aux capacités d’une République garante d’un vivre ensemble, grâce à un principe de laïcité rompu. Toute une culture, un art et mode de vie, une civilisation, que les fanatiques religieux ne peuvent comprendre, enfermés dans leurs dogmes ultrareligieux. On peut se réjouir que les banlieues n’aient pas été, une fois de plus, instrumentalisées dans cette campagne 2017 à des fins sécuritaires. Les affaires — le Pen et surtout Fillon — ont joué un rôle central, nous privant de vrais débats politiques, économiques, sociaux et sociétaux. Fillon, en se maintenant, porte l’essentiel des responsabilités. Cependant, pourquoi un tel désintérêt pour les banlieues françaises, alors que celles-ci représentent des millions de voix ? Pour ne pas jeter de l’huile sur le feu ? Pour ma part, je pense plus que les banlieues ont grandi, qu’elles ont su s’imposer dans le paysage français par leurs acteurs et, de fait, sont désormais partie prenante au sein de la Nation française. Il n’y a plus de vote pour un parti refuge, il y a à présent un vote exprimé de manière claire sur des choix politiques. Toute autre considération est à proscrire. Toutefois, les rénovations urbaines entreprises doivent continuer et s’intensifier. 

Touhami Moualek

mtouhami – INFO PARIS 

À propos de touhami

Écrivain, penseur, humaniste, défenseur des droits de l'homme, engagé politiquement et idéologiquement. Auteur de : La Déchirure, Algérie de mon père, France de mon enfance Aux Editions EDILIVRE
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