La Chèvre

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LA CHEVRE ET L’ENFANT

(I)

 

            Cette matinée-là, lorsque je sortis humer l’air, l’atmosphère était encore douce et humide par la rosée du matin. Une odeur de menthe répandait un parfum exquis. Insouciant et rebelle, jeune et intrépide, j’observais toujours avec un émerveillement sans limite les paysages projetés à l’infini. Telle une horloge réglée à la perfection, le soleil se levait à l’horizon. Je ressentais ses premiers rayons sur ma peau comme des caresses. Cet astre flamboyant exprimait la grâce de Dieu.

Dans les plaines, les grillons entonnaient des airs stridents, tandis que les cigales chantaient. J’étais habitué à ces concerts en plein air. Si ces chants devaient un jour me manquer, sans doute le ressentirais-je comme une amputation d’un bras, d’une jambe, voire même m’en sentirais-je comme privé d’un œil.

Riche de cette belle journée, accordée par Dieu dans sa grande clémence, je pensais déjà aux nouvelles joies qu’elle m’apporterait. Et ce jour-là, précisément, je décidai d’être à la hauteur de mes aînés.

Etrangement, j’eus une pensée pour mes grands-parents. Ces derniers temps je les avais négligés. Aussi, je m’imposais de réparer ce fâcheux oubli, au risque d’encourir le courroux de mes parents. La honte aurait fini par s’abattre sur moi, parce que j’aurais délaissé ceux dont la vie fut en grande partie consacrée à élever mon propre père. Il s’agissait, en effet, des grands-parents paternels ; ceux de ma mère étaient morts depuis longtemps, je crois même pendant la guerre d’Algérie. Les Arabes ne plaisantent pas avec le respect dû à ses parents et, d’une manière générale, aux personnes âgées. Je ne tenais ni à vérifier à mes dépens cette règle, ni à risquer une sévère punition que mère aurait fini par m’infliger. Je devais prendre des résolutions dignes de ma famille et de ma lignée.

Résigné à affronter les mauvais génies et à combattre la malchance, je décidai de rendre visite à mes grands-parents. Nul doute, cette initiative plairait à mes parents. Ces derniers me reprochaient de faillir à cet esprit de famille auquel ils étaient attachés. Selon eux, les jeunes de ma génération n’avaient plus de respect pour les traditions et les valeurs morales d’autrefois. En honorant les miens par une visite, je leur prouverai tout le contraire. Ils seront fiers de moi, pensai-je.

Mes grands-parents habitaient un village distant de quelques kilomètres. J’avais pour habitude de m’y rendre en moins d’une heure.

Lorsque j’appris la nouvelle à mère, elle en fut si heureuse qu’elle m’embrassa vivement, m’ordonna de ne pas flâner en chemin et me souhaita bonne route, tout en m’accordant sa bénédiction. Je partis aussitôt, sous une chaleur écrasante, et courus à travers champs.

J’aimais mes grands-parents, bien qu’ils estimaient également que je les délaissais. Ce désintérêt discréditait, parait-il, l’amour que je leur vouais en toute sincérité. Ils appréciaient mon affection à leur égard en fonction de la fréquence de mes visites. Sans nier le côté logique de leur hypothèse, je réprouvais, néanmoins, ce jugement. Je refusais ce raisonnement dont le côté ostentatoire obligeait à s’afficher et excluait tout sentiment secret. Ce jugement m’indignait plus qu’il ne me convainquait. J’en déduisais, dans mon for intérieur, que le cœur parle un langage différent de celui de la langue des hommes.

Enfin, je parvins à bonne destination :

— Adam ! C’est toi ? Comme tu as grandi, vaurien ! s’exclama grand-mère d’un amour débordant. Enfin tu daignes venir nous voir. C’est un miracle. Approche vite, voyou sans cœur !

Elle m’enlaça jusqu’à m’étouffer, m’embrassa avec tendresse, m’étreignit passionnément, ne me libérant qu’après avoir assouvi en partie son fervent désir de me serrer contre elle. Je pus reprendre mon souffle et justifier, mon absence prolongée :

— Tu sais grand-mère, avouai-je honteusement, ces derniers temps j’ai dû aider mon père aux champs. Cette chaleur harassante l’épuise et rend les moissons très difficiles.

Elle n’eut aucune peine à lire le gros mensonge, visible à mes yeux pétillants d’une malice qui me trahit. Comment un garçon de mon âge pourrait-il perdre son temps à faucher les blés, plutôt qu’à s’amuser ? Il y avait, dans ma piètre excuse, une telle maladresse candide et adorable à la fois, qu’elle faillit en éclater de rire et sombrer dans une compassion qui eût pu se transformer en une commisération. Paradoxalement, à en juger par les tendres sourires rayonnant de son doux visage, elle en fut rassurée. J’en conclus, à chacun de ses rires radieux, que père devait sûrement user des mêmes sornettes, et qu’elle était donc éprouvée à de telles ruses. Son expérience était au service de toute sa sagesse. Elle interprétait ma candeur comme un héritage logique propre à sa progéniture. Visiblement, cela l’amusait.

Nous pénétrâmes dans une vaste cour. Devant la beauté des lieux, et pour ne pas souiller le sol, j’ôtais mes sandalettes couvertes de poussière. La fraîcheur des mosaïques, tapissant l’enceinte de la cour, procurait d’agréables sensations aux plantes de mes pieds rudement malmenés par la marche. Soutenues par de magnifiques péristyles rainurés, des voûtes, en forme de capitoles, couronnaient les toitures de la demeure. Des rayons de lumière fusaient à travers des vitraux multicolores, disposés harmonieusement au plafond. Je ne pouvais m’empêcher d’y jeter un œil attentif, comme s’ils avaient été mis là pour nous obliger à regarder vers le ciel, vers le Très-Haut. C’est à ce moment que je comprenais leur importance. Lorsque je voyais toutes ces beautés architecturales, je prenais conscience combien mon père avait eu la chance de grandir dans ces lieux si beaux, si accueillants pour n’importe quel hôte.

Grand-père était là, toujours assis au même endroit, à même le sol sur une peau de mouton faite à la main par grand-mère. Une table basse était à sa proximité. Visiblement, il venait de prendre son petit déjeuner. Sa longue et belle barbe blanche éblouissait son visage, le rajeunissait un peu plus chaque jour. Comme à son habitude, il ouvrait grand ses deux bras et me faisait signe de courir vers lui. Docile et obéissant, je m’élançais hâtivement, me plaquais contre lui, éprouvant un ravissement inouï et une communion que seule mère me procurait au travers de son instinct maternel. Cependant, il mettait moins de temps à m’embrasser, à m’étreindre, sans doute au nom de cette pudeur masculine excessive, me privant parfois d’une affection que j’aurais aimé prolonger à satiété. Mais malicieusement, il compensait cette faiblesse par une volonté farouche à s’arroger ma personne, me caressant les cheveux affectueusement, éprouvant certainement les mêmes sensations, quand en d’autres temps, il serrait père dans ses bras. Cette affection débordante, témoignée par mon grand-père, m’était d’une joie infinie, d’un plaisir sans partage que l’on atteint avec les seuls êtres chers à notre cœur. Et lorsque la vie, jalouse de ces moments délicieux, nous reprend ce qu’elle nous a donné de plus beau, alors rien n’est plus pareil. Aujourd’hui, grand-père me manque. Il était ce souffle nécessaire à ma vie, à ma raison d’être.

— Petit chenapan, tu as enfin pensé à nous ! Et ton père, comment va-t-il ? me demanda-t-il, l’air réjoui.

— Il va bien grand-père, répondis-je gêné. Il m’a chargé de vous saluer et de vous informer qu’il va très prochainement, en compagnie de maman, vous rendre visite.

— Dieu soit loué, répondit-il. Nous aurait-il oubliés ?

Grand-père ne détestait pas vraiment ma mère, mais il ne la portait pas non plus dans son cœur. Il la supportait, sans plus. Pour cette raison, il me demandait brièvement de ses nouvelles et ne l’évoquait plus. Cette fois encore, il n’avait pas dérogé à cette règle. C’était le strict minimum qu’il consacrait à sa belle fille. Devait-on, pour autant, lui en vouloir ? Après tout, mère lui avait enlevé son fils, en l’occurrence mon père, et là, je crois bien, qu’il ne pouvait lui pardonner, même s’il acceptait cet état de fait comme une épreuve, un moindre mal. Quelquefois, après maintes réflexions, il m’arrivait de le comprendre. Les chaînes de la vie sont cruelles. Nous donnons vie à d’autres vies qui finissent toutes par voler de leurs propres ailes vers d’autres cieux, d’autres rivages, d’autres visages.

(II) 

            Puis, tous mes espoirs, toutes mes suppliques de ne pas entendre des bêlements, s’envolèrent en fumée, lorsque grand-mère réapparut, la mine réjouie, tenant une chèvre brunette en laisse. Mes craintes s’avérèrent au moment où je vis apparaître cette stupide créature, devenue, depuis quelques années déjà, ma bête noire. A cause de ce hideux animal cornu, aux poils épais, je rendais de moins en moins visite à mes grands-parents. Son bouc laid et tombant garnissait un museau antipathique.

Grand-mère venait, malgré elle, de me terrasser. Mon pouls s’accéléra brusquement. Je crus que mon cœur s’arrachait de ma poitrine. Et plus je fixais la vilaine chèvre, plus mon rythme cardiaque augmentait, s’emballait dangereusement. On aurait pu en compter les battements uniquement en observant mon tee-shirt s’activer, côté cœur, tel un soufflet. Je me mis à transpirer. La sueur dégoulinait lentement le long de mon front. Mon teint devint subitement blême.

Mes soupçons se confirmèrent lorsque grand-mère me dit :

— Adam, tu tombes bien. Je dois aller à la fontaine remplir des jarres. Je te confie la chèvre. Tu me rendras un grand service en la conduisant paître au champ.

Quel grand malheur ! Mon obsession resurgit, mes hantises m’accablèrent de leur cruauté, ruinant mes minces espoirs d’avoir cru un instant aux intentions de grand-mère de céder cette abominable chèvre, comme elle me l’avait laissé entendre lors de ma dernière visite. Hélas, je découvris avec stupeur qu’il n’en était rien. Que le ciel me fût tombé sur la tête ne m’aurait en rien atteint davantage. Mais grand-mère était âgée, je me fis donc un devoir de l’aider, quoi qu’il pût m’arriver. D’emblée, j’écartai toute désobéissance. Toutefois, je fus tenté de lui proposer d’aller à la fontaine à sa place, en prétextant mon inexpérience face à la satanée chèvre. Ma naïveté me poussait à croire qu’elle accepterait. Mais très vite, je renonçai à cette idée, car dussé-je y laisser des plumes, il me fallait devenir un homme, et ce n’était pas le moment de faiblir, tel un mollasson, devant grand-père, assis à m’observer l’air très intéressé, roulant délicatement ses jolies et longues bacchantes pour leur redonner fière allure. Il aurait sûrement interprété mon attitude comme une déshonorante désertion. Désormais, les dés étaient jetés, je ne pouvais plus reculer ; il me fallait assumer, prendre les choses en main. Mais malgré toute ma bravoure, avais-je les capacités et le cran nécessaires pour mener à bien une telle mission ? Le doute s’emparait de mon esprit. Cependant, ma fierté de mâle m’affranchit d’une reculade dont les conséquences auraient été désastreuses pour ma réputation de fils aîné.

Je respirai à pleins poumons, serrai les poings, rassemblai tout mon courage, et pris la ferme décision d’affronter la redoutable bête. Ce sera œil pour œil, dent pour dent, me dis-je. Pourtant, lorsque mon regard croisait le sien, je devinais, dans ses yeux, les cruels traitements qu’elle me réservait. J’en avais des sueurs froides, rien que d’y penser. Ses ruminations rageuses confirmaient mes inquiétudes. Ses airs narquois ne me rassuraient guère. Courageusement, je la fixais également, sans me démonter, démontrant à grand-père que je n’étais pas un couard. J’eus, en vérité, bien du mal à contenir mon effroi. A mon grand désarroi, l’heure fatidique sonna, annonçant le début de mon calvaire. Grand-mère me tendit la laisse. Je la saisis. Livré aux tribulations de l’immonde bête, il ne me restait plus qu’à prier le ciel, et l’implorer pour qu’il me prêtât assistance. Je remettais alors mon sort entre les mains du Très-haut.

—- Tiens la corde solidement et ne la lâche pas, m’indiqua grand-mère, sinon la chèvre pourrait s’échapper.

Mes jambes se mirent à trembler. La peur au ventre, j’eus des vertiges, ma vue devint trouble, je vacillai presque. Les continuels airs moqueurs de la maudite bête m’ébranlaient. Néanmoins, je réussis, par un dernier sursaut d’orgueil, à maîtriser en partie mes frayeurs. Je pris la corde et l’empoignai énergiquement. Dès l’instant où grand-mère m’avait remis la laisse, la bête s’était acharnée à tirer dessus, testant ainsi mes capacités à résister. Sûre de sa supériorité, elle s’orienta vers la sortie, sans attendre mon ordre. Contraint et forcé, je m’astreignis à sa sujétion, impuissant à enrayer ses tours de force. La chèvre voulait marquer sa suprématie. Pourtant, une idée fixe hantait mon esprit, celle de donner, coûte que coûte, l’impression à grand-père d’une maîtrise de la situation.

— Adam ! lança grand-mère, à l’heure du déjeuner, attache bien la chèvre et reviens manger, nous t’attendrons.

Hélas, j’étais loin lorsqu’elle ponctua ses recommandations. Heureusement, il s’agissait de consignes données peu de temps auparavant. Inquiète, grand-mère avait simplement tenu à me les rappeler une énième fois, avant que je ne disparaisse de sa vue.

(III)

            Je tirais sur la corde, enfonçais mes talons dans la terre pour la freiner, mais en vain, la chèvre me conduisait, à son gré, là où bon lui semblait. Je me pliais à tous ses caprices, à toutes ses exubérances. Je me débattais tel un beau diable, sans pour autant ralentir sa vitesse.

Enfin, fatiguée, elle ralentit sa course. Je pus reprendre mon souffle. J’avais empoigné la corde si fort, qu’il aurait fallu m’amputer les bras pour que j’eusse lâché prise. La maligne se heurtait à mon entêtement. Elle s’arrêta à un endroit retiré, comme si elle prenait soin de ne partager avec personne son malin plaisir de me voir humilié, littéralement jeté face contre terre, mordant la poussière.

Rapidement, je compris que je m’étais trompé. Après avoir soufflé pendant quelques minutes, la diablesse se remit à gambader de plus bel. Elle m’entraîna vers des champs où foisonnaient des ronces, des piquants, des orties et bien d’autres végétations hostiles aux jambes et aux bras d’un enfant. Bipède contre quadrupède, elle eut le dernier mot. Je ressentai les pires souffrances, lorsque je butai sur un gros caillou, perdai l’équilibre et chutai. La bête en profita pour accélérer son allure, me traînant sur plusieurs dizaines de mètres. J’étais saigné par toutes sortes d’amas durs, plantés là par une nature sauvage et complice. Mon corps d’enfant ressentait les pires douleurs à chaque collision avec ces barrières naturelles. Les genoux écorchés, les coudes griffés, je m’accrochais, malgré ces souffrances, à la corde, sans jamais m’en démettre. Mes résistances obstinées finiraient bien par la fatiguer. En effet, elle fit une soudaine halte, épuisée à force de traîner le poids de mon corps. Cette accalmie inespérée me permit de me relever, les reins brisés. Par malheur, cet arrêt fut encore plus court que le précédent. La misérable repartit sans prévenir, m’imposant un rythme d’enfer. Plusieurs kilomètres parcourus et nous parvinrent à l’endroit soigneusement choisi : une grande prairie. Ce n’est pas trop tôt ! Dieu soit loué! M’exclamai-je soulagé.

 Je crus que le ciel m’avait irrémédiablement abandonné. Après ce que je venais de subir, il n’était plus question de me parler de religion et même d’évoquer Dieu. Cette justice divine, censée protéger les plus faibles, notamment les enfants, brillait par son absence. Je pestai, exécrai d’une rage à la mesure de mon impuissance. Puis, une fois ma paix intérieure recouvrée, j’examinai mes jambes, m’assurai de leur état. Des griffures, des éraflures éparses et quelques contusions superficielles furent le tribut payé par ma témérité, mon insoumission à cet animal tortionnaire. Toutefois, j’eus, dans mon malheur, une consolation : quoique légèrement apparentes, les blessures étaient bénignes. Rien d’anormal pour un enfant de mon âge auquel il viendrait des idées folles de se frotter contre des ronces, des chardons, ou de tomber imbécilement sur des cailloux incisifs. J’osais croire que mes grands-parents auraient cette pensée en tête. Satisfaite, l’arrogante chèvre jubilait, savourait sa belle victoire. Affligé, je m’obligeais, néanmoins, à demeurer stoïque. Mon courage finirait par payer.

Ce n’était pas mon jour, j’aurais dû rester sagement dans mon douar. Malgré tout, il me restait un espoir : mon ennemie finirait par commettre une faute. Une erreur fatale dont elle se repentirait. J’espérais cet instant, comme un salut. Certes, elle était futée, mais pas rusée au point de me tenir tête indéfiniment. Aucun animal ne peut rivaliser avec le cerveau d’un humain lorsqu’il s’agit d’intelligence.

Fort de cette certitude, j’attendais mon heure patiemment. L’indomptable caprine se mit à bêler puissamment, me narguant avec malice. A chaque bataille remportée, elle marquait sa joie d’être parvenue à vaincre un petiot, par ce rituel. Une pratique dont elle était coutumière. Puis, les vents tournèrent, la chance me sourit enfin. Mon heure avait sonné, je tenais ma revanche. En effet, je m’aperçus qu’elle s’était imprudemment arrêtée près d’un olivier. L’arbre par lequel mon salut s’écrivit. Mais alors, Dieu existe ! Pendant qu’elle célébrait son triomphe en bêlant, je m’approchai de l’arbre sur la pointe des pieds, prenant soin de ne pas éveiller son attention. La longueur de la corde me permit de me déplacer sans exercer de pression sur son cou. Arrivé près de l’arbre, j’en fis plusieurs fois le tour, attachai solidement la bête, restée clouée, hébétée à compter mes tourniquets dans le sens des aiguilles d’une montre. Paniquée, elle se débattit violemment, tenta d’échapper au piège. Mais plus elle tirait fort, plus elle risquait une strangulation. Rapidement, elle baissa pavillon, réalisa qu’elle était prisonnière. Piégée, elle se résigna à accepter sa défaite.

Soulagé, heureux de recouvrer ma liberté, je m’effondrai sur l’herbe, essoufflé, les jambes tremblantes. Il y avait un oued proche. Je m’y rendis. Là, je pansai mes plaies, nettoyai mon short.  Ainsi, mes grands-parents n’y verront rien, pensai-je.

Mes blessures désinfectées, je revins vers l’impétueuse prédatrice. Tenue en respect, elle paissait, paraissant avoir admis sa débâcle. Ses yeux manifestaient une colère et exprimaient de la haine. Aussi, j’évitais ses regards assassins, véritables fusils braqués sur moi, prêts à tirer. Anéantie, elle semblait attendre l’heure du retour pour prendre sa revanche. J’en tremblais de peur, rien que d’y penser. Mais dans l’immédiat, il me fallait du repos. Je m’assis en tailleur, suivis ses faits et gestes, et réfléchis, en même temps, sur un moyen de me sortir de cette mésaventure. Impossible d’occulter de mon esprit la terrible épreuve du retour. La redoutable chèvre ne me ferait aucun cadeau, sa vengeance serait impitoyable. L’animal chercherait à me voir à genoux, souffrir le martyre et implorer pitié. Comment m’éviter un tel outrage ? La peur me fustigea, le doute envahit mon esprit. J’eus l’idée de courir tout avouer à grand-mère. Elle me comprendrait certainement, et aurait la généreuse idée de ne rien révéler à grand-père, m’évitant une humiliation. Cependant, mon honneur d’homme m’interdisait une telle capitulation ; une abdication sans précédent dans la famille. Il n’était pas question de donner à grand-père l’image d’un petit-fils poltron, indigne de porter le nom d’une honorable famille. Ma réputation de mâle viril en serait sérieusement entachée. J’exclus donc cette hypothèse qui aurait blessé ma famille. Mais alors, quel chemin suivre ? A cette question, seul le ciel pouvait répondre.

(IV)

            L’heure du déjeuner approchait. Je revins au village, laissant la chèvre solidement attachée. Grand-mère avait égorgé un poulet en mon honneur. Sa manière personnelle de célébrer ma venue.

Deux grosses pierres de granit servaient de barbecue. Des braises incandescentes se consumaient, abondant un tapis de cendre argentée. Des fumées blanches tourbillonnaient au gré des vents, puis se dispersaient dans l’air. Alléchante, aiguisant mon appétit, l’odeur de la viande grillée et des pommes de terre boulangères parvenait à mes narines. J’en oubliais presque mes soucis.

Sans tarder, nous nous réunîmes autour de la table familiale et commençâmes à manger. Grand-mère était un véritable cordon bleu, et j’avais grand faim. Il me fallait reprendre des forces pour le retour.

Je dévorais ma cuisse de poulet avec gourmandise. Pourtant, malgré l’immense plaisir de savourer la cuisine unique de grand-mère, mes ennuis continuaient d’occuper mon esprit. Jusqu’au moment où il me vint une idée, une inspiration subite. Sans abuser de la crédulité de mes grands-parents, je ne voulais pas me rendre coupable d’une telle bassesse, j’inventai néanmoins une singulière histoire :

— Tu sais grand-mère, je m’entends bien avec la chèvre, même si je l’oblige à m’obéir, affirmai-je convaincant. Mais, il me semble qu’elle n’est pas au mieux de sa forme. Son état de santé m’inquiète.

— Qu’est-ce qui te fait dire cela, Adam ? demanda grand-mère, incrédule.

J’enfonçai le clou :

— Je la trouve fatiguée. D’ailleurs, j’ai hésité à la laisser seule. Par crainte de vous causer des inquiétudes par mon absence, je suis quand même rentré. J’avoue la diriger sans problème, mais si son état s’aggravait, je ne saurais comment réagir. Vous comprenez, je ne suis pas vétérinaire !

Le scepticisme de grand-mère m’inquiéta :

— C’est curieux, reprit-elle, je n’ai rien remarqué d’anormal ce matin. La chèvre m’a paru en parfaite santé. Ce doit être récent.

— Tu n’as pas dû faire attention, rétorquai-je. Il n’y a rien de pire que les habitudes. Je me trompe peut-être, mais mieux vaudrait en avoir le cœur net, ce serait plus sûr.

Grand-père suivait la conversation avec intérêt. Il intervint à son tour pour trancher. Il s’était rangé de mon côté :

— Fiston, cet après-midi, ta grand-mère t’accompagnera pour vérifier l’état de santé de la chèvre. Il serait imprudent de te laisser seul. Tu n’es pas assez expérimenté.

La probité de mon plan s’unissait à mon sens de la persuasion. J’obtins le résultat escompté : grand-mère arriverait en renfort. Les portes de la délivrance s’entrouvraient. La suite des événements se présentait sous de meilleurs auspices. Serein, j’envisageais un dénouement heureux.

Je peaufinai un peu plus ma stratégie, en attirant l’attention de grand-père sur ma jeunesse, cherchant ainsi à accréditer sa remarque sur mon âge :

– Tu sais grand-père, je puis faire face à des situations difficiles, mais je ne suis pas qualifié pour garder une chèvre malade. Je suis trop jeune. Tu l’as très justement rappelé.

Attendri par mon intervention, il intervint, réitérant sa confiance :

– Au cas où ta grand-mère aurait besoin d’aide, je peux compter sur toi. Vu notre âge, il te faut à présent faut nous assister.

L’honneur était sauf. Je réussis à sauver la face et à gagner l’estime de grand-père. Il y avait comme du génie dans la conduite de mes affaires. J’étais fier de mon réquisitoire. Toutefois, je me demandais si je sortirais grandi de cette histoire. Mes mensonges n’étaient destinés qu’à épargner ma fierté de garçon, et prouver mon courage. Mais toutes ces valeurs, fussent-elles si importantes pour un garçon, méritaient-elles que je mentisse à ce point ? En vérité, j’avais des doutes. L’honneur, c’eût été également de dire la vérité et de reconnaître ses faiblesses. Je me soumettais au jugement de ma propre conscience. Celle-ci, impartiale, me condamnait, réprouvait mes méthodes, me torturait l’esprit. Ce qui est terrible avec la conscience, c’est qu’on ne peut lui mentir, ni même trouver un compromis. Je me dis qu’il y avait bel et bien une part inviolable de Dieu en nous, réservée aux verdicts de la vérité quelle qu’elle soit. On ne peut ni mentir à sa conscience, ni tricher avec elle.

(V)

            Grand-mère m’accompagna à l’endroit où j’avais laissé la chèvre. Rapidement, nous parvînmes sur les lieux. Et quelle ne fut pas ma surprise lorsque je crus avoir la berlue ! En effet, je vis l’olivier, mais pas la bête. Elle avait disparu, s’était littéralement volatilisée. Profitant de mon absence, elle aurait réussi à se détacher et à prendre la poudre d’escampette. Dans la panique générale qui s’ensuivit, grand-mère me demanda au moins vingt fois : Adam, tu es sûr de l’avoir attachée à cet endroit ? Ma réponse était invariablement la même : Oui grand-mère, je me souviens bien de cet olivier ! Où donc la chèvre s’était enfuie ? Une énigme que nous nous devions d’élucider au plus tôt, sinon gare aux renards, dès la nuit tombée. Il était invraisemblable qu’elle eût pu être volée, les gens d’ici craignaient Dieu bien plus que la justice des hommes. Nous inspectâmes les environs. Toutes les moindres parcelles susceptibles d’être visitées par la fugueuse furent scrutées, passées au peigne fin. J’admirais le flegme de grand-mère. Une femme dont le calme dominait en toute circonstance.

Cependant, le jour faiblissait. Le soir s’installait peu à peu, et le noir absolu guettait. Nous étions en pleine campagne. Une fois la nuit tombée, il régnait une obscurité totale. Hormis les lueurs de la pleine lune, et la clarté des étoiles scintillant en plein ciel, rien n’était plus visible. Nos recherches furent malheureusement infructueuses. Nous dûmes, contraints et forcés, les interrompre, faute de lumière. Loin de me réprimander, grand-mère me consola, voyant bien ma profonde tristesse. J’étais loin de l’euphorie entretenue au cours du déjeuner. J’adoptais un profil bas. Grand-mère conseilla de rentrer avant que la nuit n’étendît son sombre manteau sur toutes les plaines. Consciente de ma peine, de la culpabilité qui se lisait sur mon visage, elle me déchargea de toute responsabilité, soutenant qu’elle était l’unique fautive du fait de m’avoir laissé partir seul avec cette chèvre plus forcenée que dix phacochères déchaînés. La fierté, affichée au cours du repas, n’était plus qu’un vague souvenir. Pas un mot ne sortit de ma bouche tout le long du retour. Une fois de plus, cette diabolique chèvre m’avait possédé, s’était joué de ma personne, me ridiculisant devant mes grands-parents. Je n’ai pas dû l’attacher assez fort, pensai-je. Et pour sombrer un peu plus dans la déprime, je songeai à tous ces chacals, ces renards qui rôdaient dans les parages, attendant la nuit pour quitter leur tanière. Etrangement, j’implorai le ciel d’épargner mon ennemie jurée. En dépit de la chaleureuse bienveillance, manifestée par grand-mère à mon encontre, je me tenais pour responsable de cette perte. En laissant la bête mal attachée, et surtout en bornant mon esprit au seul stratagème, dont j’avais usé pour duper mes grands-parents, j’étais sûr, à présent, d’avoir lourdement fauté, commis un crime d’abus de confiance. Je ressentis alors ce sentiment qui vous avilit, vous gifle à votre insu : la honte. Oui, j’avais honte d’avoir menti, d’avoir trompé ceux qui m’aimaient et m’avaient accordé leur confiance. J’aurais dû dire la vérité, avouer mon impuissance à tenir en laisse cette maudite chèvre, cela m’aurait sûrement grandi. En tout cas, nous n’en serions pas arrivés à ce désastre. Mon obstination à demeurer orgueilleux, ma vanité et mon manque de franchise ont conduit à la perte d’une chèvre qui donnait du lait et qui aurait sûrement engendré des cabris, moins pugnaces que leur stupide mère. Peut-être même serions-nous devenus amis.

Puis, par je ne sais quel miracle, comme si le ciel avait entendu et accepté mon repentir sincère, nous entendîmes, à l’approche de la maison, des bêlements. Je lâchai subitement la main de grand-mère, me précipitai vers la porte d’entrée et, le souffle coupé, pénétrai dans la grande cour, éclairée par des lampes à gaz. Et ô combien fut immense mon bonheur de revoir la chèvre saine et sauve. Elle me fixa d’un air goguenard. J’avais appris à lire dans ses yeux. Tu vois, devinai-je sur son museau, j’ai réussi à me libérer. Tu as gâché le restant de la journée à me chercher partout, sans imaginer un seul instant que je pouvais rentrer seule. Cette auguste chèvre me prouvait qu’elle était intelligente. Désormais, et j’en fis serment, je ne la traiterai plus en animal inférieur, mais bien avec tout le respect dû à son rang de chèvre astucieuse.

Grand-mère arriva à son tour, découvrant, ébaubie, la chèvre vivante. Elle fut soulagée de toutes les craintes qui obnubilaient son esprit depuis la disparition. Elle lâcha un gros ouf de soulagement.

Bizarrement, grand-père était tout sourire. Il m’observait sans cesse, ravi par ma joie de revoir la bête. Enfin, il se décida à parler :

— Approchez tous les deux (grand-mère et moi). Voyez, nous avons de la visite. Adam, viens saluer notre voisin, monsieur Nassib.

Puis, il ajouta, en forme de boutade, sourires aux lèvres :

— Alors, elle vous a faussé compagnie, la chèvre ? Ah ! Vous formez une sacrée équipe de chevriers, tous les deux !

Ses rires naturels illuminèrent son visage. Je lui souris à mon tour. Grand-père nous narra toute l’histoire. Il s’était inquiété de voir la chèvre rentrer seule. Mais il fut vite rassuré par monsieur Nassib. Ce dernier était, en effet, venu en personne rapporter, dans les moindres détails, mes aventures tumultueuses avec la damnée bête. Monsieur Nassib avait, du haut de la colline surplombant les champs, suivi toutes les scènes de la chèvre lorsque celle-ci me malmenait sans ménagement. Il n’omit rien, relatant mes cruelles courses avec une précision digne des plus grands conteurs. Les Arabes ont de tout temps été de grands narrateurs. Grand-père révélait, avec un malin plaisir, les situations cocasses éprouvées par mes jeunes jambes. Je maudissais la chèvre de tout mon être. Ma haine de cet animal reprit vite le dessus sur ma satisfaction de l’avoir revu en bonne santé.

Cependant, libéré d’un poids, je n’éprouvais, paradoxalement, plus aucune honte. Emue aux larmes par toute cette histoire, grand-mère bondit sur moi, me blottit contre elle, et jura de ne plus jamais me confier la garde de cet animal capable de telles vilenies. Elle m’enlaça et m’embrassa jusqu’à ce qu’elle eût, en partie, l’impression de s’être rachetée vis à vis de sa propre conscience et de ma personne.

Grand-père insista sur mon courage d’avoir enduré les pires douleurs sans jamais abdiquer, et ma bravoure à surmonter les épreuves périlleuses infligées par la bête immonde. Il rendit hommage à ma dignité, à ma fierté, et pardonna mes recours à des mensonges destinés à préserver mon honneur. Grand-père était d’une très grande sagesse.

Quant à moi, ma plus grande récompense fut de constater qu’il était fier de ma conduite, même si, par un excès de pudeur, il se garda de le manifester avec trop d’enthousiasme.

(VI)

            Les journées suivantes, grand-mère conduisait elle-même la chèvre aux champs. Elle l’attachait solidement à un tronc d’arbre, laissant une longueur de corde suffisante pour lui permettre de paître dans un espace défini. Aussitôt après, elle rentrait à la maison. J’étais, pour ma part, chargé du ravitaillement en eau potable. Pour cela, Je devais aller à la fontaine remplir des cruches. Grand-mère me confiait également d’autres tâches domestiques. Mais ce que j’aimais par-dessus tout, c’était de tenir compagnie à grand-père, lorsqu’il se rendait à l’oued. Grand-père avait ce besoin d’entendre et voir le ruissellement de l’eau, dont les clapotis le guérissaient des fatigues accumulées par l’âge. Nous restions là, des heures, à écouter, à observer, à méditer. Il m’arrivait de me jeter à l’eau, sous l’œil attentif de grand-père. Parfois, il se levait, feignait de se laver les mains, m’aspergeait d’eau et riait comme rirait un adolescent. Spontanément, je répliquais à ses attaques, le noyant par des jets d’eau soutenus et abondants. La fougue de ma jeunesse le contraignait à battre en retrait. J’entends encore ces rires doux et plaisants comme si c’était hier.

Inexorablement, le temps passait dans la douceur des câlins offerts sans compter par grand-mère, et des mémorables veillées passées avec grand-père, lorsqu’il me contait des histoires de loups, de renards, et me sensibilisait par des récits sur la vie et l’œuvre de grands prophètes de Dieu. Des contes, des fables et des témoignages qu’il avait hérités de ses parents ; un héritage ô combien précieux.

Une dernière fois, je remerciai mes grands-parents de leur accueil. Ils m’avaient accordé tout leur temps, donné tout leur amour. Leur tendresse m’était d’une exultation incomparable à nulle autre joie de la vie. Pourtant, par insouciance, j’eus une étrange manière de les saluer, celle d’un âge ingrat, désinvolte et égoïste. Un âge où l’on ne connaissait pas encore la signification des au revoir, des adieux.

Néanmoins, je pris l’engagement solennel de les revoir plus souvent. Ensuite, je dus reprendre le même chemin mais à l’envers. Triste, la chèvre bêla lorsqu’elle vit ma silhouette disparaître au bout des pistes terreuses, parsemées de cailloux. Des nuages de poussière se formaient derrière moi, quand je me mettais à courir, à donner des coups de pied sur des pierres. Quelques pas de course, puis je disparus de l’autre côté de l’horizon, là où la vue s’échoue.

Après une heure de marche, j’avais traînassé en route, j’entendis enfin les rires et les cris des enfants de mon village. Ils se chamaillaient pour quelques billes, jouaient avec un vieux ballon crevé, récupéré chez les plus grands, et couraient dans tous les sens sans but précis. Nous étions en Algérie, un pays où les journées d’été sont toutes ensoleillées. Je retrouvais mes camarades avec joie. Nous formions des bandes redoutées par les villageois. Ces derniers n’aimaient pas nous voir chaparder les melons et les pastèques, lorsque nous opérions dans les champs. Ils se plaignaient aussi de nos criailleries, à l’heure sacrée de la sieste, parce que, prétendaient-ils, nous les dérangions. Bande de vauriens, à vos âges nous avions du respect pour nos aînés ! nous criaient-ils, au bord de la crise de nerfs.

Pourtant, ma liesse fut de courte durée. Le mauvais sort s’acharnait sur moi, balayant mon intention de couler quelques jours paisibles. En effet, mère se précipita vers moi, porteuse d’une affreuse nouvelle. Un génie ennemi, acharné sur ma personne, comme si j’étais le seul habitant de la Terre, me révélait un dessein néfaste.

Décidément, j’étais maudit ! Mère m’embrassa et me donna, malgré elle, le coup fatal :

— Adam, mon fils, tu m’as manqué ! Comment vas-tu ?

— Je vais bien, répondis-je, les yeux rivés sur la bête tenue en laisse.

Elle répondit, assurément :

— Regarde, j’ai une surprise. J’ai pensé que cette chèvre te tiendrait compagnie. Et puis, elle nous donnera un peu de lait. Ne t’inquiète pas, je te montrerai comment la traire. Tu verras, ce n’est pas difficile.

Déconcerté, je cachai ma déception, répondis hypocritement :

— J’en suis ravi, mère. Tu ne peux imaginer ma joie !

Heureuse, elle affirma :

— Vous deviendrez vite amis, j’en suis sûre.

— Puisse Allah t’entendre, mère.

— Que veux-tu dire, Adam ? demanda-t-elle, surprise.

Fataliste, je répondis :

— Rien, je tenais juste à attirer la bénédiction de Dieu sur cette nouvelle acquisition.

Puis, mère me conduisit vers une vieille remise. Une petite cabane servant de rangement aux précieux outils de père, et où dormait un vieux tracteur. Un engin obsolète, mis au rebut depuis longtemps, mais qui avait une valeur sentimentale. En effet, il avait appartenu à mes arrière-grands-parents. Là, près de cette machine agricole d’un autre temps, mon destin me trahit, une fois de plus, lorsque mère m’indiqua l’endroit précis où la chèvre allait loger, pour apparemment longtemps.

Mère me crucifia définitivement le cœur lorsqu’elle ajouta :

— Cette chèvre a besoin de manger. Conduis-la vite au champ proche, elle trouvera bien un peu d’herbe. Et surtout, surveille-la bien. Sois vigilant !

La bête se mit à ruminer méchamment, me fixant en chien de faïence. Ses regards me laissaient dans l’expectative ; pauvre de moi, j’en devins chèvre !

Fin

Touhami Moualek

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