Etre né citoyen quelque part sous l’ère Front National

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La chanson de Maxime le Forestier dit :

« On choisit pas ses parents ; on choisit pas sa famille ; On choisit pas non plus ; les trottoirs de Manille ; De Paris ou d’Alger ; Pour apprendre à marcher » 

Etre né citoyen quelque part en France…

 

S’arrêter et réfléchir, suivre sans rien dire ?

Citoyen, citoyenne. Hier en très grande difficulté financière, aujourd’hui (14/01/2015) tout le monde s’arrache Charlie Hebdo. Pourquoi ? L’actualité est passée par là. Et les passants l’on suivie. Ainsi va le cours de la vie. Ainsi est rythmée notre vie, aux bruits des tambours, des sirènes, des rafales des kalachnikovs, des éditions spéciales. L’émotion est l’une des puissantes armes des médias. Ces derniers en jouent, en surajoutent. Plonger des millions, des milliards de gens dans la pitié, la commisération, les transformer en victimes des uns, en bourreaux des autres. Tout s’entremêle, s’imbrique, s’entrechoque, échappe à notre contrôle. Quoi penser, quoi dire, quoi faire ? S’arrêter et réfléchir, suivre sans rien dire ? Se terrer ? Le monde est dans une dangereuse pente. Les uns iront à droite, les autres à gauche, certains continueront tout droit. J’entends des appels à la haine, au meurtre, au nom d’une foi, d’une religion, d’une Ethnie, d’une idéologie, d’un système, d’une République, d’un parti. Le monde est devenu fou, emporté par une schizophrénie, une phobie, une démence. La psychose règne, la raison abdique. Le crétinisme veille, la conscience dort. Tout le monde crie à mort, hurle son désarroi. La terre se dérobe sous nos pieds, tout le monde se raccroche à quelque chose ; le citoyen que je suis s’accroche à la République, comme on s’accrocherait à une bouée de sauvetage.

Mes enfants ressentent les mêmes malaises, les mêmes maux que je ressentais déjà à leur âge

Je suis un citoyen français. J’ai une particularité. En ces temps difficiles, être Musulman expose au lynchage, aux regards suspicieux, à la défiance, au mépris, aux soupçons, à l’interrogation. Je n’aime ni la victimisation, ni les apitoiements. Ce n’est pas trop mon style. Pourtant, moi, citoyen français que l’on dit intégré, je n’ai eu de cesse de vous mettre en garde contre l’inégalité des chances, la discrimination, la ghettoïsation, le repli identitaire dû à une exclusion de la société, le ressentiment d’être considéré comme un citoyen de seconde zone, la colère et les rancœurs. Je n’ai pas à vous imposer mon mode de vie. Mais j’ai une religion à laquelle je tiens. Je n’ai pas à vous dicter mes idées, mais j’ai une morale ancrée en moi. Je n’ai aucunement l’intention de vous priver de liberté, mes parents se sont battus, en Algérie, pour cette même liberté. Mais voyez-vous, là où je m’inquiète et m’affole, c’est bien de constater qu’après une cinquantaine d’années passées en France, je m’aperçois, à quelques légères variables près, que mes enfants ressentent les mêmes malaises, les mêmes maux, les mêmes doutes que je ressentais lorsque j’avais leur âge.

 Touhami Moualek

mtouhami – PARIS INFO

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