J’affirme que Didier Deschamps a eu tort concernant l’éviction de Samir Nasri

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Samir Nasri ne paie-t-il pas à lui seul la déroute et la débâcle des Bleus de 2010 en Afrique du Sud ?

 

Concernant l’éviction de Samir Nasri pour des « raisons disciplinaires », Didier Deschamps a, selon moi, eu tort. Je ne m’en prends pas à l’homme, je le respecte beaucoup, mais à ses choix surprenants. Je m’en explique

 

 

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Rôle du manager (sélectionneur) 

Nous connaissons le salaire d’un manager d’une équipe nationale de football. En France, ce salaire se situe au-delà de 200.000 € mensuel. Ce qui n’est pas rien. En contrepartie, le manager (je préfère ce qualificatif à sélectionneur) prend en charge l’équipe tant sur le plan de la préparation physique que sur le plan mental (psychologique). Ce qui signifie clairement qu’il ne faut pas prendre les commandes d’un tel poste si l’on ne se sent pas apte à « gérer » différents caractères, différentes personnalités, bref différents égos. Cela fait partie du challenge. Le rôle du manager est de mettre en confiance les joueurs, d’aider à créer un groupe solidaire et combattif, de faire en sorte que chacun trouve sa place et rechercher la complémentarité entre les joueurs. La tactique de jeu et la stratégie sont à la seule charge du manager ; les joueurs, eux, mettent leurs talents individuels au service du jeu collectif et de la tactique adoptée. Voilà brièvement le rôle des uns et des autres, sachant évidemment que la gestion d’un groupe de personnes n’est jamais simple et demande bien sûr beaucoup de savoir-faire, du caractère, le sens du relationnel et d’énormes qualités humaines.

Sur un plan purement sportif 

Le choix de Didier Deschamps est — selon ses propres justifications et aveux fournis devant une pléiade de journalistes sportifs spécialistes — de privilégier d’abord l’état d’esprit d’un joueur avant ses qualités sportives et footballistiques. Inutile de souligner que nous avons été nombreux à nous étonner d’une telle hypothèse. En effet, comment concevoir qu’un champion pourrait ne pas avoir de l’orgueil, de la passion, du caractère et un fort tempérament ? Ces ingrédients humains sont indispensables à tout champion. L’état d’esprit d’un champion est de respecter son adversaire, mais pas forcément d’accepter la défaite ; de jouer et non pas d’être sur le banc des remplaçants ; de gagner et non pas de perdre ; d’être au-dessus du lot et non pas en dessous. Cet état d’esprit se retrouve en chacun des joueurs et, paradoxalement, formera le fil conducteur qui les unira et fera d’eux des compétiteurs et des gagneurs. Qu’un joueur critique le manager n’est pas un crime si cela est fait dans l’objectif d’améliorer la cohésion et l’entente du groupe. En contrepartie le manager doit tenir compte du tempérament et du caractère du joueur et tenter de le mettre en confiance, de le motiver, d’obtenir le meilleur de lui. Une équipe constituée d’agneaux (je ne vise pas les joueurs retenus, je reviens juste sur le raisonnement de Didier Deschamps) aurait beau se tenir convenablement à table, tenir sa langue, faire honneur aux règles de bienséance, être gentille et polie, il n’empêche qu’elle se ferait vite croquer par une équipe de loups. Au Brésil, nous aurons besoin de « combattants » et de « tueurs » au sens noble pour gagner. La discipline et le moral d’un groupe sont meilleurs quand celui-ci gagne. Et pour gagner, il faut des joueurs de talent, c’est une évidence, mais il faut également des tempéraments de gagneurs. Je suis donc sceptique, pour ne pas dire ébahi et consterné par ce que j’ai entendu de la part du manager français. Je considère par conséquent que Didier Deschamps a échoué dans sa mission d’intégrer Samir Nasri au sein du club France. Quand bien même Didier Deschamps rétorquerait que Samir Nasri devait faire l’effort de s’intégrer au groupe ; car dans ce cas, nous n’aurions plus besoin d’un manager. Pour exemple, il m’étonnerait que Laurent Blanc ne fasse pas preuve de tact et de diplomatie pour ménager les susceptibilités d’un joueur de la trempe et de la classe d’un Zlatan Ibrahimovic. Ce ne doit pas être facile tous les jours.

Sur un plan moral 

D’emblée, je pose cette question : est-il logique d’affirmer qu’un joueur possède toutes les qualités sportives d’un très grand champion et en dernier lieu de l’écarter, de l’évincer, et ainsi de le punir parce que l’on prétendrait, de manière très subjective, que celui-ci aurait un mauvais caractère, de mauvais comportements ? Je trouve cette attitude injuste et particulièrement discriminante sur un plan sportif. Priver un joueur d’une phase finale de Coupe du Monde — le rêve de tout joueur — sur des critères et des aspects reposant uniquement sur un caractère et une personnalité intrinsèque, me parait être une attitude particulièrement infondée et immorale. On ne punit pas un champion, on reconnaît et on respecte ses qualités sportives et surtout on fait avec. On n’écarte pas un champion sur des considérations extra-sportives, on fait en sorte que ce champion donne le meilleur de lui-même au profit d’un groupe. Je n’irai pas sur le terrain du racisme en affirmant que Nasri aurait été évincé par rapport à ses origines, ce serait faire offense à Didier Deschamps et je ne crois pas une seule seconde que ce soit le cas. Je reste persuadé, comme beaucoup d’autres — dont j’aimerais ici être en quelque sorte le porte-parole — que Samir Nasri paie le prix d’une multitude de malentendus, d’allégations soutenues par ces mêmes prétendus journalistes qui avaient condamné à l’échec — y compris par des attaques personnelles — Aimé Jacquet avant même le début de la Coupe du Monde de 1998. Une coupe du Monde à laquelle Didier Deschamps participa, et ô de quelle manière ! Je puis donc comprendre la frustration de Samir Nasri et son mécontentement d’avoir été éliminé d’un groupe (au sein duquel il avait largement sa place) non pas sur des raisons sportives mais sur des jugements de valeur ayant trait à sa propre personnalité. Didier Deschamps a eu tort et tôt ou tard sa conscience lui en fera grief. Priver un jeune joueur d’une Coupe du Monde dans ces conditions est un acte grave aux conséquences morales très lourdes. Et c’est bien dommage de faire payer au seul Samir Nasri la déroute des Bleus en Afrique du Sud ; c’était en 2010. Souvenez-vous, Nasri n’y était pas. Ni un certain Karim Benzéma.
Des joueurs de renom : Cantona, Anelka, Ben Arfa, Ginola et d’autres sont partis jouer à l’étranger parce qu’ils ne s’accordaient plus avec un certain public, certains journalistes et un certain état d’esprit ambiant. Et pourtant, en Angleterre, pour la plupart, ils ont été adoptés et considérés comme des joueurs exceptionnels, de véritables idoles.
Touhami Moualek

mtouhami – INFO PARIS

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