Je ne suis pas un numéro je suis un homme

Vous croyez fermement que les miracles n’arrivent plus de nos jours ? Je vais vous démontrer le contraire ; parce que je ne suis pas un numéro

 

 

 

Le numéro d’immatriculation de mon véhicule en cause

Le 13 octobre 2014, j’étais à Paris sur mon lieu de travail habituel. Jusque-là tout va bien. Le 25 octobre de la même année, je reçois par courrier un avis à payer d’une amende pour infraction au stationnement. J’en prends acte, ce sont des choses qui arrivent et je suis quelqu’un qui assume ses fautes. J’analyse plus en détail l’amende et découvre qu’il s’agit d’un stationnement datant du 13 octobre 2014 commis dans le département de l’Isère. La plaque d’immatriculation correspond bien à mon véhicule. C’est bizarre et pour le moins surprenant !

J’essaie de rester logique : soit il y a eu une erreur de transcription du numéro de plaque (cela peut arriver), soit il s’agit d’une usurpation de plaque minéralogique ; ce qui est plus grave. Je me fie donc aux procédures à suivre, de notre chère administration, et me rends au commissariat de police le plus proche.

Entre les vols à l’arrachée, les cambriolages, les bagarres, les conflits de famille et les divers coups et blessures, je réussis quand même à expliquer mon problème à l’accueil. Un agent m’indique qu’il n’y a pas lieu de déposer plainte, qu’il suffit juste d’écrire à Rennes (les habitués comprendront) pour contester et l’amende sera annulée dans la foulée sur justificatifs joints.

Je réponds à cet agent :
— Ce ne sont pas les dix-sept euros de l’amende qui m’inquiètent mais le fait qu’on utilise peut-être mon numéro de plaque à mon insu.
— C’est la première amende que vous recevez ? me demande l’agent.
— Oui.
— Dans ce cas, il en faudrait plus pour prouver l’usurpation.
J’acquiesce et garde mon calme :
— Je dois donc attendre tranquillement chez-moi l’arrivée d’autres amendes et me présenter ensuite. Non, je préfère anticiper et signaler cette anomalie avant, voyez-vous ! Veuillez, s’il vous plaît, prendre ma déposition.
— Mais je vous dis que ça ne sert à rien ! C’est du travail inutile pour tout le monde. Il vous faut contester en écrivant et en justifiant que vous étiez à Paris ce jour-là. Je connais mon travail !
— Monsieur l’agent, répondis-je calme et courtois, est-ce que j’ai contesté le fait que vous connaissez votre travail. Je ne me permettrais pas…
— Alors faites ce que je vous ai dit, m’interrompt-il.
Agacé, je décide d’argumenter plus sèchement, tout en négociant :
— Ecoutez monsieur l’agent, je comprends que ça vous ennuie de prendre une plainte parce que vous êtes débordé, alors une main courante suffira. Elle me servira pour appuyer ma contestation.
— Je vous dis que cela ne sert à rien ! Il y a des choses plus graves. Les gens viennent pour un rien !
— Je suis désolé, monsieur l’agent, de vous importuner avec un problème secondaire, mais je n’y suis pour rien.

Après plusieurs minutes de vifs échanges, je convaincs l’agent qu’une main courante est nécessaire. Mais loin d’avoir désarmé, et contre toute attente, tel un taureau mis à mort et usant de ses dernières forces pour charger le toréador, l’agent répondit, fier de lui :
— Certes, vous pouvez prouver que vous étiez à Paris. Mais votre véhicule, qui prouve qu’il était sur Paris?

Visiblement, l’agent cherchait à me déstabiliser en usant de provocation. J’étais déjà, en termes de liquide de refroidissement cérébral à moins dix-huit degrés. Il me fallait descendre la barre encore plus bas pour conserver son sang-froid.

— Ecoutez, monsieur l’agent, si vous pensez que ma voiture est capable de se rendre dans l’Isère seule et revenir à la maison ensuite, dans ce cas je vais lui demander de venir vous expliquer qu’elle était à Paris.
— Vous vous fichez de moi ? rétorque l’agent renvoyé dans ses vingt-deux mètres.
— Non pas du tout, monsieur l’agent, je vous prends juste au mot. Mettez-vous à ma place, s’il s’agit d’une usurpation de plaque et que la personne se fasse flasher sur autoroute à deux cents kilomètres heures, on me mettra en prison. Vous comprenez ça ? Et si on m’avait volé le véhicule, je l’aurais déclaré.

Finalement, je ressors du commissariat heureux et serrant la précieuse main courante tel un récipiendaire fier d’un diplôme. Voilà où nous en sommes en France. Alors oui, les miracles existent encore. Et dans un monde d’autistes, il en faut pour se faire entendre. Je ne suis quand même pas un numéro, je suis un homme !

Touhami Moualek

mtouhami – INFO PARIS

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