La France doit-elle demander pardon à la Nation algérienne

Zoulikha_Echaïb.(guerre_d'Algérie)

La France doit-elle demander pardon à la Nation algérienne ? La question est posée depuis des décennies. La réponse est toujours en suspend. 

 

Sur la photo, Zoulikha Oudai, (menottée à un blindé sous l’œil vigilant d’un soldat français) est une militante et combattante dans les rangs de Armée de libération nationale (ALN), responsable politico-militaire de la ville de Cherchell en wilaya IV, arrêtée par l’armée française et exécutée le 25 octobre 1957. Son corps sera retrouvé 27 ans plus tard en 1984 après le témoignage d’un paysan qui dit avoir trouvé le corps d’une femme sur une route et l’avoir enterré à Marceau. Il les guide jusqu’à une tombe. Elle avait toujours ses menottes aux mains.  Elle est enterrée aujourd’hui au cimetière des combattants de l’ALN morts pour la patrie, situé à Menaceur. 

La France doit-elle demander pardon à la Nation algérienne ?

Cette question ne se pose même plus, tellement la réponse semble évidente à toute conscience éprise de justice, de paix. Un système colonialiste des plus barbares, des plus abjects, des plus insoutenables, des plus criminels a sévi en Algérie durant 132 ans. Qui peut le contester ? Un système répressif, sanglant, si ravageur qu’il faudra, aux Algériens fiers et dignes, lui opposer leur bravoure, leur combativité, leur courage de défier la mort à tout instant, restant debout malgré les stigmates d’un temps gris et incertain, gravés à l’encre rouge sang. Tant de vies brisées, gâchées, martyrisées, au nom d’une civilisation, prétendue supérieure, par des minorités, et qui n’avait de supérieur que son arrogance, sa perfidie, sa cruauté et sa bestialité. Qu’est-ce que l’Algérie aura retenu de la présence française ? Qu’est-ce qu’un oppressé peut retenir de la part de ses oppresseurs ? Humiliation, iniquité, asservissement, obscurantisme.

Le système colonialiste est inhumain c’est pour cela qu’il a échoué

L’idéologie du colonialisme ne pouvait en rien être civilisatrice ; elle avait pour mission fondamentale de piller, de s’enrichir de tout ce que le sol occupé par la force pouvait fournir en matières premières. Les indigènes, les autochtones, les colonisés n’avaient qu’un droit, celui de subir et de se taire. La relation entre maître et esclave n’a jamais été autant mise en exergue, exercée et justifiée, que par le système colonialiste. J’ajouterai, parmi celles et ceux qui ont également droit à des excuses, les Juifs séfarades restés loyaux envers les Algériens. En effet, ces derniers, chassés d’Espagne par Isabelle la catholique, avaient trouvé terre d’asile au Maghreb, bien avant 1830, année de débarquement des Français en Algérie. L’entente entre Juifs, Arabes et Berbères (principalement) était bonne, selon les Historiens. Il faudra un Adolphe Crémieux, député du département d’Alger (juif d’origine), pour franciser les Juifs d’Algérie par un décret ; décret portant son nom : décret Crémieux. Ce décret sera différemment interprété par la suite. Pour ma part, je pense qu’il s’agissait d’une stratégie politique, d’une ruse ayant eu pour objectif de se servir des Juifs bien implantés en Algérie pour mieux contrôler le pays, les Arabes et les Berbères, ces derniers étant régulièrement tentés de se révolter. Le problème, pour les Juifs d’Algérie par la suite, est le fait que les Algériens, restés eux indigènes, reprocheront à ces Juifs francisés de ne pas leur avoir témoigné plus de solidarité. En 1962, la quasi totalité de ces Juifs d’Algérie dut quitter le pays. 

Les bienfaits du colonialismes, si tant est qu’on puisse en démontrer l’existence, sont bien mineurs par rapport aux méfaits majeurs d’un tel système barbare

Bien sûr, on ne peut pas occulter le fait qu’il existait, en Algérie, des « Blancs » qui étaient animés d’un esprit fraternel, d’un humanisme sans conteste. Mais la réalité, celle d’un colonialisme cupide, cruel et autoritaire, balaiera ces quelques êtres humains perdus au beau milieu d’un tas de mercantiles salauds qui n’avaient qu’une chose en tête : régner en maîtres. Erreur fatale ! Le 5 juillet 1962, l’Histoire, au prix de tant de larmes, de sang versé, remettra les pendules à l’heure. L’Algérie accédait à sa souveraineté nationale : l’indépendance.

Le colonialisme a déshonoré tous les pays qui l’ont adopté en tant qu’idéologie. La seule réhabilitation possible est la voie (ou la voix) du pardon. Non pas d’un pardon qui consisterait à se mettre à genoux, ce n’est pas le but recherché, mais d’une réelle reconnaissance que des crimes odieux ont été commis au nom d’un système politique colonialiste inhumain, barbare, et dont une quelconque interprétation positive serait un nouvel affront envers les colonisés et leurs enfants.

Comme pour la Shoah et le 11 septembre 2001, sera-t-il, en France, interdit de parler de la guerre d’Algérie?  Le film HORS-LA-LOI de Bouchareb est interdit dans plusieurs villes de France. La liberté d’expression selon qu’elle dérange ou pas ; en somme à géométrie variable.

Je n’ai conservé en héritage du colonialisme en Algérie que la langue du colonisateur 

Quand les vents de la révolte soufflent, à l’horizon se lèvent des cris de liberté, et plus rien ne peut arrêter ce qui s’écrit par le sang des martyrs : une autre vie.

Touhami Moualek

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