Les errances de l’Occident face au monde musulman

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Les errements de l’Occident face au monde musulman se sont traduits par une totale négligence des revendications spirituelles des musulmans, longtemps colonisés

 

Dernière guerre de la période dite guerre froide

Après la toute dernière guerre, de la période dite guerre froide, opposant indirectement l’URSS aux USA, en terre d’Afghanistan, de 1979 à 1989, les Américains profiteront du retrait de l’armée soviétique pour reprendre le contrôle de ce pays livré au chaos. C’est ainsi que les Américains porteront au pouvoir les fanatiques talibans contre un libre passage de pipeline (gazoduc) à partir de la mer Caspienne. L’idée était d’éviter l’Iran (pays hostile) en passant par le Turkménistan, l’Afghanistan et le Pakistan (pays alliés). Ces mêmes talibans seront renversés par les Américains au lendemain de l’attaque du 11 septembre 2001 sur le World Trade Center. L’Afghanistan sera occupé par une coalition d’alliés, formée autour des USA. Les victimes civiles afghanes se compteront par centaines de milliers et l’Afghanistan deviendra un véritable bourbier dans lequel les attentats suicides se succéderont, et phénomène inquiétant : le fanatisme religieux prend de l’ampleur. Autre constat criant, les soldats américains ont, parmi leurs tâches quotidiennes, ordre de sécuriser les plantations de pavot.

Guerre du Golfe

En 2003, Georges W. Bush, aidé par son compère Tony Blair, cherchait à finir le travail que son père avait débuté lors de la première guerre du Golfe (Tempête du désert) de 1991. En effet, une guerre avait été conduite contre l’Irak de Saddam Hussein. Ce dernier avait envahi le Koweït de manière arbitraire mais après en avoir informé l’ambassadrice américaine à Bagdad. N’ayant eu aucune désapprobation, Saddam Hussein pensait alors qu’il avait l’aval américain. Piégé en territoire Koweïtien, il sera chassé par une armada militaire, composée essentiellement de coalisés occidentaux, en février 1991, sans offrir aucune résistance, si ce n’est en pratiquant la politique de la terre brûlée par incendie des puits de pétrole. Après avoir falsifié des documents et fabriqué de fausses preuves sur la détention d’armes de destruction massive par Saddam Hussein, Georges W. Bush lançait donc, toujours au nom du 11 septembre 2001, une invasion de l’Irak. Des centaines de milliers de civils (on parle de plus d’un million) seront massacrés et l’Irak littéralement mis à sac. Tout sera détruit quand ce n’est pas pillé (musée de Bagdad). A noter que Georges W. Bush n’avait aucun mandat de l’ONU. Jusqu’au Pape Jean-Paul II qui dira de cette guerre qu’elle est totalement immorale.

Invasion de l’Irak sans mandat du Conseil de sécurité

L’Irak sombrera alors dans l’anarchie et dans le chaos depuis cette invasion illégale et sauvage. Le pays est ruiné. Les Iraniens, satisfaits de l’éviction de Saddam Hussein, voleront au secours de leurs frères chiites, tandis que les Kurdes y verront un moyen de créer leur Etat. Les soldats américains, par crainte d’attentats kamikazes, s’enfermeront dans des bases hyper protégées, plongés dans la peur d’une mort guettant à tout moment, tirant sur tout ce qui semblait suspect. Traumatisés par les réalités du terrain, les soldats américains comprendront vite qu’on leur avait menti sur les réelles intentions de leur mission et beaucoup finiront par déserter. Les Irakiens leur riront au nez, insistant sur le fait que ce sont eux qui ont appris à lire (naissance de l’écriture en Mésopotamie) à l’humanité. Entre l’embargo qui avait été décrété contre l’Irak et cette invasion militaire, ce sont plus de 1,5 million de victimes civiles qui périront, dont des centaines de milliers d’enfants. Pour l’Amérique, le pétrole a un coût qui se compte en vie humaine.

Début du Printemps arabe

Le 17 décembre 2010, Mohammed Bouazizi, un jeune vendeur ambulant, s’immole à Sidi Bouzid (Tunisie), pour protester ainsi contre la saisie de sa marchandise par la police. Ce sera le début d’une vague de contestation en Tunisie. Le Printemps arabe s’installe. Fuite de Ben Ali, en janvier 2011 ; destination l’Arabie Saoudite. Le 11 février 2011, c’est au tour de Hosni Moubarak de plier bagages. Mais lui reste en Egypte. Il sera jugé. L’Egypte connaîtra son premier président élu démocratiquement (juin 2012) : Mohamed Morsi, issu des rangs de la confrérie des Frères musulmans. Il sera vite écarté, en juillet 2013, par un coup d’Etat militaire inavoué. Le maréchal Al-Sissi sera le nouveau Président (désigné par l’armée). L’Egypte est actuellement sur le point de changer radicalement de visage. Nasser doit se retourner dans sa tombe. Une lutte sans pitié et une mise à mort terrible seront impitoyablement dirigées contre les cadres des Frères musulmans.

L’Algérie et le Maroc seront secoués à leur tour mais ils tiendront bon. En tout cas, jusqu’à présent. L’Algérie, parce qu’elle a connu sa révolution des barbus dans les années 90/2000. Le Maroc, parce que le Roi Mohamed VI se déclare favorable au principe d’une monarchie parlementaire.

Intervention de la France puis de l’OTAN en Libye

La Libye, en février 2011, sera à son tour touchée par des émeutes à Benghazi. Des manifestations en masse demanderont le départ de Kadhafi, installé au pouvoir depuis 1969. Ce dernier s’entêtera, entraînant son pays dans une folle guerre civile. En mars 2011, une résolution du Conseil de Sécurité, à la demande de la France notamment, autorise le recours à la force pour protéger les populations civiles. Nicolas Sarkozy, alors Président de la République française, et son conseiller militaire de l’époque, le philosophe Bernard Henri-Levy, jubilent : leur plan démoniaque fonctionne. Mais l’OTAN prendra définitivement les commandes de cette opération militaire. Un CNT libyen (Comité National de Transition) élaboré par BHL et Sarkozy est affiché. Il est composé de personnages dont le moins que l’on puisse dire est qu’ils sont douteux. En octobre 2011, Kadhafi est tué et livré (par les services occidentaux) aux rebelles. Des images choc circuleront sur les réseaux sociaux montrant un corps mort lynché. On se fait vite une idée de ce que valent ces rebelles présentés comme une vitrine de démocratie par BHL et consorts. Aujourd’hui, la Libye est en proie à des luttes internes, et est devenue le territoire de tous les trafics possibles et imaginables. Les intégristes les plus radicaux s’y sont installés, prenant doucement mais sûrement les rênes du pays. L’Etat proclamé islamique, par quelques fous radicaux, tente d’en prendre le contrôle.

L’Algérie fidèle à sa non ingérence et sa neutralité

L’Algérie voisine, pays natal de BHL, est à n’en pas douter la cible de toutes ces gesticulations. Quant à Sarkozy, l’affaire en cours sur le présumé financement de sa campagne présidentielle de 2007 par Mouammar Kadhafi expliquerait la liquidation pure et simple de ce dernier.

L’épisode libyen va démontrer à quel point, sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy, la diplomatie française va dangereusement muter d’une position traditionnellement fondée sur une stricte neutralité et une recherche de solution pacifique avant tout, vers une posture hautement belliciste et de parti pris. Que ce soit au Proche-Orient, en Asie, au Moyen-Orient, en Afrique, la France se décrédibilise en devenant actrice et non plus un arbitre capable de trouver des solutions diplomatiques et politiques. Nicolas Sarkozy a définitivement écorné et abîmé la diplomatie française en même temps qu’il a sali et entaché la parole de la France. Les exemples à ce sujet ne manquent pas, à commencer par son allégeance à Israël.

Bahreïn et le Yémen seront également dans l’œil du cyclone, tourmentés à leur tour. Le premier s’en sortira sans trop de casse au prix de quelques manifestations qui auraient pu basculer le pays dans le précipice. Le second est aujourd’hui un pays à feu et à sang, plus ou moins contrôlé par les chiites Houthi (dirigés par son leader Abdul-Malik al-Houthi).

Inquiète de voir les chiites pro-iraniens s’installer à ses frontières, l’Arabie Saoudite a créé une coalition arabe, notamment avec l’Egypte, pour mener une guerre brutale contre les Houthi au Yémen. L’Algérie, ne voulant pas rentrer dans le conflit Arabie – Iran, ne prendra pas part dans cette coalition. A tort ou à raison, les Algériens resteront, depuis le début, très prudents dans toutes ces péripéties arabo-arabes. Leur sagesse mesurée leur donne raison.

Début de la guerre civile en Syrie

Et puis, il y a cette guerre en Syrie, un tournant ayant probablement freiné, contrecarré l’évolution de ce Printemps arabe : une opération voulue, orchestrée et fomentée par les puissances impériales dominantes sur l’échiquier international, à des fins d’une reconfiguration géopolitique de toute la région d’Arabie et du Moyen-Orient, d’une part pour reprendre le contrôle sur les pays arabes de plus en plus rebelles et « s’islamisant » un peu trop au goût des Occidentaux, et, d’autre part, pour garder la main sur les matières premières de ces pays anciennement colonisés.

Tout avait commencé en mars 2011. Un appel à un rassemblement a été lancé à partir des réseaux sociaux (Facebook). Etat d’urgence, puis levée de l’état d’urgence, ce sera le début des drames de cette crise syrienne. Se fondant sur les crises tunisiennes et égyptiennes antérieures, le monde diplomatique pensait qu’Al-Assad tomberait rapidement. Pourtant, Bachar Al-Assad restera intransigeant face aux appels demandant son départ. L’armée syrienne lui demeurera fidèle. Les Occidentaux, France en tête, réclameront son départ, le traitant même de « salopard » (Laurent Fabius). Pire, ces mêmes occidentaux armeront les rebelles. La CIA et ses alliés, via la Turquie, recruteront des mercenaires, les formeront à la guérilla et les enverront combattre dans les rangs des rebelles. Suivant le scénario libyen, un CNT syrien (avec toujours BHL à la manœuvre) sera créé de toute pièce ainsi qu’une association (de malfaiteurs) dont le nom de baptême sera : « Les amis de la Syrie. » Plusieurs réunions et sommets se tiendront d’ailleurs à Paris. Avec toujours le même message : pas de discussion et de paix possibles sans le départ de Al-Assad (Hollande et Fabius). Jamais il n’y aura eu autant d’ingérence dans les affaires intérieures d’un pays souverain sans que personne ne s’en offusque. Mais Bachar Al-Assad tiendra bon et ne reculera devant rien.

La diplomatie algérienne protestera contre ces ingérences inqualifiables et appellera à trouver une solution politique par le dialogue. La réponse viendra du Ministre Qatari des Affaires étrangères, Cheikh Hamad bin Jassim Al Thani : « Votre tour viendra ! » C’était au Caire. L’ambassadeur d’Algérie au Caire, Nadir Larbaoui, va vite recadrer et remettre à sa place le Ministre du Qatar : «C’est un complot émanant de vous personnellement et c’est un dépassement envers la loi et la Charte (de la Ligue arabe), et vous êtes à la tête du sabotage, non pas seulement en Syrie mais dans tout le monde arabe. Vous et le Secrétaire général vous commettez des crimes contre la Syrie et la Nation arabe». La réponse du Ministre du Qatar est sans ambiguïté quant aux sources de ce Printemps arabe. En effet, celui-ci se trahira en déclarant : «Arrêtez de défendre la Syrie parce que votre tour viendra et vous aurez alors besoin de nous». No comment.

Toute tentative d’obtenir, à l’instar de la Libye, un mandat du Conseil de Sécurité en vue d’un recours à la force sera immédiatement bloquée par les véto russe et chinois. La situation sera alors inextricable. Sur le terrain, les rebelles tomberont le masque, montrant au monde leur vrai visage : celui de tueurs et de barbares n’ayant rien à envier au camp adverse. Un rebelle sera filmé, lors d’une scène de cannibalisme, arrachant et mangeant le cœur d’un corps syrien. Cette vidéo fera le tour du monde, via Youtube. Le cliché du gentil rebelle et celui du méchant soldat payé par Assad tombera à l’eau. Tous deux seront mis dos à dos. Depuis, la Syrie s’enlise dans une guerre civile causant des centaines de milliers de morts, pour la plupart des civils. Le pays est actuellement découpé en morceaux.

Le Président turc Erdogan commettra également l’erreur de croire qu’Al-Assad plierait vite bagages. Une erreur d’appréciation. En effet, le Kurdistan compte un grand territoire s’étalant sur la Turquie (la plus grande surface), la Syrie, l’Iran et l’Irak. Le démantèlement et l’éclatement de la Syrie et de l’Irak est une occasion, une aubaine inespérée pour l’établissement d’un Etat kurde. La dernière déclaration d’Erdogan : « La Turquie ne tolérera jamais un Etat Kurde à ses frontières » ne laisse aucun doute sur une intervention directe de la Turquie en Irak et en Syrie. Le Président Erdogan n’en est plus à fanfaronner, il est désormais réduit à sauver les meubles. Pourtant, des âmes éclairées l’avaient mis en garde. L’OTAN a été de mauvais conseil pour lui.

Le Printemps arabe par ses désordres impacte l’Occident

La métamorphose de tous ces conflits programmés, qui étaient au départ contrôlés, comme on contrôlerait un incendie volontaire, est absolument hallucinante et dépasse toute imagination possible. Les initiateurs de ce Printemps arabe sont complètement dépassés par les événements et tout laisse à penser que l’on s’achemine vers les pires scénarios catastrophes.

Première constatation : les pays ayant prémédité et encouragé ces changements de régime dans les pays arabes sont à leur tour touchés par des attentats terroristes commis sur leur propre sol (Amérique, Afrique, Europe). Un retour de boomerang auquel ils ne s’attendaient pas.

Seconde constatation : tous ces désordres actuels, ces politiques du deux poids deux mesures, ces injustices, ces manipulations, ces montages et démontages d’Etats asservis et corrompus, ont produit, entre autres, une radicalisation parmi les plus virulents dans le monde musulman, et surtout, cerise sur le gâteau, vu la naissance d’un Etat autoproclamé islamique et se prétendant carrément comme un futur califat. Scénaristes, à vos feuilles !

L’islam instrumentalisé à des fins politiques

A jouer avec le feu, on finit par se brûler, dit l’adage. A force de fouetter l’esclave, ce dernier finit, un jour ou l’autre, par se révolter. Une réaction, somme toute, normale, presque biologique. L’heure de la révolte, dans le monde arabo-musulman a sonné ; pas une révolte nécessairement contre ses propres dirigeants, mais plutôt contre les maîtres de ses dirigeants. Et cela n’était visiblement pas prévu dans la feuille de route occidentale.

Quelles en seront les conséquences ? Aux éminences grises, ayant pensé et mis tout cela en œuvre, de nous répondre, si toutefois elles connaissent les réponses. Ce qui n’est pas certain. Une chose est d’ores et déjà sûre : le XXIe siècle écrit, sous nos yeux, le menu des transformations à venir. Et nul doute, ces transformations seront gigantesques. Un monde s’éteint pour laisser place à un autre monde complètement différent.

Touhami Moualek

mtouhami – INFO PARIS

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