Qassaman : l’Algérie hante encore les nostalgiques d’une époque révolue

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Histoire de l’hymne national d’Algérie :

 Qassaman (le serment) a vu le jour durant la guerre de libération nationale.
Les paroles ont été écrites par Moufdi Zakaria (1908-1977) en 1956 à la prison de Serkaji-Barberousse d’Alger où il était incarcéré par les forces coloniales. La musique a été composée, d’abord, par Mohamed Triki en 1956, puis par le compositeur égyptien Mohamed Fawzi

 

Qassaman, l’hymne national algérien 

Qassaman. Enfin un Historien français (et algérien, né à Constantine), digne de ce nom par son objectivité et son intelligence : Benjamin Stora, que je salue chaleureusement et très fraternellement. En effet, sur la chaîne nationale de télévision algérienne, ce dernier a affirmé, le 02/07/2012, que la France se devait de reconnaître que le système colonialiste était une faute et que cette horrible idéologie du siècle passé avait eu pour conséquences de voir la multiplication de crimes, de massacres, de déportations de population, la mise en place d’une politique basée essentiellement sur des injustices, des iniquités, du non respect de la dignité humaine, et ayant eu pour finalité de pousser tout un peuple à conduire une guerre de libération contre la France qui durera près de 8 ans (1954 – 1962). Une sale guerre, une guerre terrible, horrible, cruelle, qui n’avouera jamais son nom de baptême : guerre ; tel un enfant conçu dans la honte et qu’on tenterait de cacher du regard des autres ; mais peut-on dissimuler longtemps au monde la naissance d’un enfant ? Il faudra attendre près de trente ans après l’indépendance, côté français, pour entendre ce vocable guerre être prononcé ; ce sera le premier accouchement aux forceps et dans la douleur en France. Le monde entier condamnera cette guerre et la France se retrouvera vite bien seule au sein de l’ONU. C’est le général de Gaulle qui fera le voeu d’une « paix des braves » lancée aux combattants du FLN. A la suite d’un refus de la part des partisans du FLN, viendra un durcissement de cette guerre sur ordre de ce même général ; un durcissement du conflit qui amplifiera les déportations, les massacres et les tortures. Enfin, contraint politiquement et forcé par une lutte armée sans merci qui ne désarmera jamais, de Gaulle se prononcera en faveur de l’organisation d’un référendum sur l’autodétermination. Le oui l’emportera largement. Les pieds-noirs et les juifs séfarades, se sentant abandonnés par les pouvoirs politiques, conduiront une véritable politique de terre brûlée et du chaos : ce sera la naissance de l’OAS. Une organisation secrète armée qui ne fera qu’envenimer les choses, creuser le fossé entre Algériens et Européens, et plonger la France dans les profondeurs obscures de la haine, de la violence, de la vengeance, du ressentiment, du crime gratuit, puisque les accords d’Evian étaient déjà scellés. Et inéluctablement, viendront les départs en masse des Séfarades et des Pieds-noirs vers la métropole (d’avril à juin 1962) ; ils seront près d’un million à devoir quitter leur sol natal ; on les surnommera les rapatriés d’Algérie. Deux cent mille Européens choisiront de rester en Algérie et ne seront jamais inquiétés. Beaucoup d’entre eux y vivent encore. Beaucoup de pieds-noirs et de séfarades n’ayant pas de sang sur les mains retournent librement en Algérie. Quant aux harkis, ils seront, sur ordre du général de Gaulle lui-même, abandonnés en grande partie en Algérie, pratiquement livrés à l’armée algérienne. Ils ont été, à leur tour, trahis par ceux auxquels ils avaient prêté allégeance. Les enfants de harkis rapatriés en France seront, eux, autorisés à revenir librement en Algérie.

Une nouvelle génération d’Historiens

Qassaman. Des Historiens français, d’une nouvelle génération, et donc détachés par rapport à cette période coloniale, travaillent avec leurs homologues Historiens algériens en vue de rechercher et d’établir les responsabilités des uns et des autres, mais surtout de mettre en exergue les responsabilités incombant directement aux différents gouvernements français coloniaux successifs (de gauche comme de droite) ayant notamment couvert et permis l’accomplissement d’horribles crimes d’Etat dans un pays considéré alors comme département français. Des crimes et des massacres accomplis non pas pendant uniquement les années de guerre, mais étalés sur toute la durée de l’occupation française, c’est-à-dire cent trente-deux ans (1830 – 1962). La Révolution française avait pourtant posé des principes, ceux notamment rappelés dans la déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. Une déclaration trahie, quand en Algérie et ailleurs outre-mer, ces droits fondamentaux de l’homme étaient bafoués, reniés, dans une quasi indifférence générale, plus particulièrement parmi les classes intellectuelles supposées être progressistes et humanistes. Le silence de ces derniers sera perçu, en ce qui me concerne, non pas comme un désintéressement de ce qui se passait dans les colonies,  et particulièrement en Algérie, mais bien vécu comme étant un apport de la prétendue supérieure civilisation blanche à des populations, elles, considérées comme « sauvages ». Autrement dit, tout cela était parfaitement homogène avec les idées racistes du moment ; un racisme social accepté, pensé et réfléchi, toujours dans l’intérêt d’autrui, le faible, celui qu’il faut parvenir à « civiliser ». Pourtant, les Algériens, ces indigènes, ces autochtones, perçus comme des sous-hommes, des parias en marge de la société française, n’avaient visiblement pas droit aux traitements consentis aux héritiers de la « Race » blanche. Car à l’époque, pour justifier les « bienfaits » du colonialisme, on parlait bien de « Race » supérieure et plus précisément de « l’inégalité des Races », théorie chère à Jean-Marie Le Pen et aux sympathisants de l’extrême droite française actuelle.

Le Sud de la France  

Qassaman. Aujourd’hui, en France, subsiste une minorité, basée surtout dans le Sud de la France, qui se refuse toujours de croire que la guerre d’Algérie est bel et bien terminée. Ceux-là mêmes qui, sur le sol algérien, étaient dans le déni total, refusant d’admettre que des « indigènes », des autochtones pouvaient se battre pour leur liberté, leur honneur, leur dignité et leurs terres. Et finalement, obtenir gain de cause. Pour tous ces gens-là, ces colonialistes, le temps s’est arrêté un certain 1er juillet 1962. Ils se veulent aujourd’hui être les victimes de ceux qu’ils maltraitaient, déconsidéraient, reléguaient aux bas-fonds des étages les plus sordides d’une hiérarchie sociale dont les élites ne pouvaient être que des Blancs. Oui, ils ont contribué à développer certaines régions de l’Algérie, mais ils l’ont fait exclusivement pour eux-mêmes et leurs familles, pas pour tous les Algériens. Ces voleurs de mémoire refusent aux autorités françaises de reconnaître les crimes colonialistes commis en Algérie. Tout simplement parce que ce serait, pour eux, la reconnaissance qu’ils n’auraient pas été chassés par de méchants « sauvages », mais bien parce qu’ils auraient échoué, manqué à leurs devoirs de faire de l’Algérie un pays dans lequel tous, sans exception, auraient pu vivre dans la paix et la fraternité, la justice et la loyauté. Parce que le système colonial, sur lequel s’appuyaient les plus fanatiques colonialistes français, n’a pas ces nobles valeurs républicaines ; non, les valeurs du colonialisme sont le règne par la force, l’oppression, l’injustice, l’ignominie, les inégalités, tout cela érigé par un seul et unique principe reposant sur des relations entre maître et esclave. Oui, les Algériens ont mis fin à l’esclavagisme, au colonialisme, à un système impitoyable et n’ont eu de réaction que celle qu’aurait adoptée tout homme opprimé, privé de sa dignité, c’est-à-dire de résister, de se révolter et de briser les chaînes de l’impérialisme.

Le jour de l’indépendance

Le 5 Juillet 1962, Qassaman retentit, les Algériens ont relevé la tête et nous avec eux. Le monde entier a compris, applaudi et soutenu leur combat. Alors, j’aimerais dire à ces derniers exilés, ces retranchés dans les barricades du déni, que l’Histoire a tranché ; qu’il faudrait désormais tourner les pages d’un livre d’un passé ténébreux, pour en ouvrir un autre, celui d’un avenir et d’une nouvelle amitié franco-algérienne. Personne ne peut s’opposer à l’Histoire, à l’arrêter, quand elle se met en marche, guidée par les volontés des hommes assoiffés de liberté. En juillet 1962, j’avais, pour ma part, à peine sept ans. Et je me rappelle encore de ces vents de la révolte qui grondaient, balayant tout sur leur passage, au bruit des balles de fusils me réveillant en pleine nuit, apeuré. Des vents parvenus jusqu’aux portes de Paris. Paris, la ville symbole de liberté qui venait tout juste d’être libérée du nazisme et de ses méfaits. Dix sept ans après, ce sera le tour d’Alger. Je comprends le malheur de celles et ceux qui ont dû quitter leur pays natal à l’aube d’un matin incertain, leurs rêves brisés par un destin qui leur échappait, mais je comprends également celles et ceux qui renouaient enfin avec les liesses de la liberté, leur honneur recouvré.

Mais quelque chose lie profondément le couple France Algérie : un étrange destin inassouvi, inaccompli, tel dans un couple qui s’aimerait mais ne l’avouerait jamais. Et ce destin livrera le meilleur de ses desseins lorsque auront été évacuées toutes les blessures, les déchirures, non pas dans un esprit de haine, de revanche, de reconquête d’un paradis perdu pour les Européens, mais dans un esprit de compréhension mutuelle, pour enfin parvenir ensemble à réécrire une autre histoire commune ; une histoire faite de compassion et de respect. Qassaman n’a pas fini de retentir. 

Touhami Moualek

mtouhami – INFO PARIS

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