Torture en Algérie : réponse à Rachida DATI

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Torture durant la guerre d’Algérie : comment peut-on encore douter qu’il y ait eu ces pratiques inhumaines et qui constituent des crimes contre l’humanité ?

Selon Rachida DATI, il faudrait arrêter de « fantasmer » avec la torture en Algérie. Les personnes ayant été directement touchées par ces barbaries apprécieront. Des deux côtés, il y a eu des actes inhumains. Mais tous ces maux ont une source et une histoire. Il convient donc d’établir les degrés de responsabilité

 

 

Plus aucun doute possible sur les tortures en Algérie

Il n’y a plus aucun doute sur un usage qui fut généralisé de la torture en Algérie. Des officiers français (dont les Généraux Aussaresses et Massu) l’ont clairement reconnu. Des Historiens l’ont établi de manière formelle. Des témoignages existent par centaines de milliers. 

Quant à l’argumentaire — du genre de celui évoqué par Eric Zemmour, qui dit : c’est la guerre et une guerre c’est forcément sale — consistant à justifier et à banaliser la torture, il faut refuser ces arguments simplistes et établir des degrés, des échelles de responsabilité pour y voir plus clair : 

Oui, dans l’absolu, les résistants algériens n’avaient pas à user du terrorisme et de la torture également. Je me place là simplement sur un plan moral et en m’efforçant d’adopter une attitude humaine. 

Oui, la puissance colonialiste occupante n’avait pas à user de la torture, ni de la barbarie, ni de l’inhumanité, ni d’une violence aveugle pour parvenir à gagner une bataille, celle d’Alger, et non pas la guerre. Car tôt ou tard, il y aurait eu d’autres guerres et ainsi de suite jusqu’à une totale indépendance de l’Algérie. 

Cela étant précisé, il faut remettre chaque belligérant à sa place et à son propre rôle afin de déterminer les responsabilités des uns et des autres. 

C’est l’oppression qui crée une forme de résistance

Sans une occupation par la force d’un Etat étranger en Algérie, il n’y aurait eu ni terrorisme, ni torture, ni guerre. C’est donc inévitablement le système colonialiste qui, d’une part, a produit une résistance et, d’autre part, a généré une guerre et ses conséquences directes, dont la torture et le terrorisme. L’occupé à résister à l’occupant : une légitime défense. 

A ce titre, l’Etat français est doublement responsable. Il a en effet fabriqué, du fait d’une politique coloniale impitoyable, des guerres ayant elles-mêmes généré d’horribles souffrances. Mais pire, l’Etat français a fini par user de ce qu’il a lui-même fait naître : la torture. Dans le seul but de se maintenir dans un pays qu’il occupait militairement et contre la volonté de tout un peuple. Les Droits de l’Homme ont été bafoués.   

J’en déduis, pour ma part, que l’Etat français — et non pas tous les citoyens Français — est entièrement et seul responsable des crimes qui ont été commis avant (132 ans) et pendant la guerre d’Algérie. C’est lui qui est initialement à l’origine du terrorisme et de la torture en Algérie, finissant même par générer des courants radicaux en son sein ayant fait l’apologie du terrorisme (OAS). 

Rachida Dati est coupable de vouloir tronquer l’histoire

Mme Rachida Dati s’est donc, à mon avis et je le pense sincèrement, déshonorée en utilisant le terme de « fantasmer » au sujet de la torture en Algérie. Comment pourrait-on, en effet, fantasmer avec ces pratiques du moyen-âge destinées à humilier, à priver de dignité humaine et à plonger un individu dans des souffrances inhumaines insoutenables ?

Enfin, j’ajouterai, afin de combler les carences historiques de Mme Rachida Dati concernant l’histoire du pays de sa mère, que la torture en Algérie n’a pas débuté en novembre 1954, mais bien avant, ce qui nous ramène à l’histoire du colonialisme tout entier en Algérie. Le Général Massu dira : « La torture en Algérie a été généralisée et institutionnalisée. » Ce qui indique la responsabilité directe des pouvoirs politiques successifs d’avant l’indépendance de l’Algérie. 

Touhami Moualek

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