Touhami Moualek : La France en panne d’idées et d’idéal

 

François Hollande lors de son discours présidentiel du Bourget ; on y a cru, on l’a cru. « Mon ennemi, c’est le monde de la finance » lancera-t-il  à la foule en liesse. Depuis, cette même finance semble avoir retrouvé toute sa force et toute sa domination

 

 

Manuel VALLS nommé Premier ministre malgré des mise en garde

François Hollande s’est donc décidé à nommer — contraint et forcé, parait-il — Manuel Valls au poste de Premier Ministre. Comme l’a dit, à juste titre, Marine le Pen, nous allons assister à une cohabitation au sein même du parti socialiste entre le Président et le Chef du gouvernement. On compare cette situation à celle que l’on a déjà connue entre François Mitterrand et Michel Rocard. La comparaison s’arrête là, car j’aimerais juste rappeler que Rocard était d’une autre intelligence politique et que Hollande n’est pas Mitterrand. Ce dernier n’aurait sans doute  pas commis cette erreur tactique de nommer Manuel Valls, un homme carriériste et qui aurait sa place à l’UMP sans problème, à la veille d’un autre scrutin qui s’annonce autant, sinon plus, désastreux que les dernières élections municipales, je veux bien sûr parler des élections européennes ; élections à un tour, faut-il le rappeler.

Pourtant, le message des Français adressé au Président était on ne peut plus clair. Ces derniers ont sanctionné une politique sans queue ni tête, sans le commencement d’un début de réponse à leurs principales préoccupations (chômage, insécurité, immigration, injustices sociales…), et sans parvenir à comprendre quelle politique est menée et où veut-on les conduire. Le moins que l’on puisse dire est que le projet politique, économique et social, proposé aux Français, manque de clarté, de visibilité et de cohérence. On ne sait pas où l’on va, avec qui et comment. Difficile, dans ces conditions, d’adhérer à un tel dessein plein d’incertitudes. 

François Hollande, un homme de consensus 

François Hollande est un homme de type conceptuel ; tout le contraire d’un affectif et d’un actif. A l’image de son discours de politique générale prononcé au Bourget en janvier 2012 (j’y étais), puis celui de sa dernière conférence de presse, c’était en janvier dernier — encore un mois de janvier — il conçoit, imagine, émet des idées à profusion, mais ne les concrétise jamais. On perçoit bien ses idées, mais il ne les matérialise pas ; elles restent comme lettre morte, comme un rêve brisé. Le Président de la République française n’anticipe pas les événements, il les subit de plein fouet, donne l’impression de naviguer à vue. C’est une preuve de passivité, de laxisme. Quand il faut trancher, il ménage la chèvre et le chou. Quand il faut choisir, il opte pour une éternelle concertation multi-collégiale. Quand il faut décider, il ne tranche pas, il hésite, temporise, tergiverse. Quand il faut orienter, il perd sa boussole. C’est ainsi qu’il a déjà perdu 2 précieuses années. Un retard qu’il aura beaucoup de mal à combler. 

Alors que la gauche a besoin de se rassembler, de se serrer les coudes, le choix, par le Président, de désigner Manuel Valls comme Premier Ministre, est tout le contraire. Parce que Manuel Valls est tout sauf un homme de consensus et de rassemblement. Certains Verts ont d’ores et déjà claqué la porte. François Hollande prend donc un énorme risque politique : celui d’éclater toute la Gauche française. Certains commentateurs nous ont expliqué qu’il n’avait pas le choix. Laissez-moi rire ! Quand on est le Chef de l’Etat, on a tous les choix possibles ! Encore faut-il assumer ; encore faut-il être capable de prendre ses responsabilités, tout en restant à l’écoute des Français ; encore faut-il tenir la barre fermement. Et c’est précisément là où le Président pèche, manquant de projection à long terme, se contentant de gérer au jour le jour des situations de plus en plus urgentes. Quand on ne règle pas les problèmes, un jour ou l’autre ces problèmes vous rattrapent, c’est inévitable. François Hollande a été rattrapé par tous ceux qui l’ont élu en mai 2012, et qui voulaient que la France des nantis redevienne la France éternelle au service des citoyens ; de tous les citoyens, quels que soient leur origine, leur couleur de peau, leur milieu social. Et à tous ces électeurs, il va devoir maintenant rendre des comptes. Car échouer dans une entreprise quelconque n’est pas un déshonneur, une défaite. En revanche, ne rien entreprendre serait chose impardonnable, inconsolable. Le reniement de ses rêves, de ses idées, de ses convictions serait la pire situation qu’un homme aurait à affronter dans sa conscience. Oui, échouer dans ses rêves n’est rien à côté d’un renoncement à les réaliser.

François Hollande, sur le rêve français, le 22 janvier 2012 au BOURGET, lors d’un discours culte :

« Le rêve français, c’est l’affirmation des valeurs universelles qui font que la Nation n’est pas un espace limité. Le rêve français, c’est notre histoire, c’est notre projet, c’est une force que je vous propose, parce qu’il nous ressemble, nous rassemble. Une France de la justice où l’argent sera remis à sa place qui est celle d’un serviteur et non d’un maître. Une France du civisme où chacun se demandera non pas ce que la République peut faire pour lui, mais ce que lui peut faire pour la République.»

Il dira également : «Je veux installer la gauche dans la durée. »

Le moins qu’on puisse dire est que tout  cela est très mal engagé.

Touhami Moualek

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